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Quel avenir ?

 
Quel avenir ?

"Remettre l'église au milieu du village". "Vous voulez savoir si ma grand-mère a les oreillons ?". "Les 10 millions sont là, juste une erreur d'IBAN". Ces déclarations de Gervais Martel ont fait réagir les supporters Lensois. Annoncés 10 000, ils étaient (tout de même) environ 1.200 samedi à parader dans les rues de Lens à grand renfort de "On veut la Ligue 1", "La Ligue 2 on en veut pas", ...

Certains commerces du centre s'étaient joints au mouvement en fermant leurs portes. Un samedi. Il faut tout de même noter ce geste de solidarité qu'on ne voit pas tous les jours en France, surtout pour un club de foot. Je mentionne aussi que l'on peut être contre un système tout en respectant le mobilier urbain. Pas de casse samedi dans les rues de Lens, il fallait le dire.


"On veut la Ligue 1", évidemment nous sommes tous, ou presque, de cet avis. Cette place parmi l'élite du football français, Lens l'a gagnée sur le terrain en terminant deuxième de la Ligue 2 l'année dernière. 
Mais à Lens, on ne sait pas faire comme tout le monde. Pourquoi grimper dans la locomotive L1 sereinement alors qu'on peut faire le buzz à tout-va et se compliquer la vie ? Franchement pourquoi s'en priver ? Alors oui, j'imagine que Gervais aurait voulu aborder tranquillement cette nouvelle saison et que ce que je viens de dire n'a ni queue ni tête. J'ose l'espérer. 


Néanmoins, j'émets des réserves pour la Ligue 1.


En effet, nous sommes le 20 juillet 2014. Le championnat reprend dans trois semaines, autant dire à l'échelle du football et des préparations physiques et mentales, demain. On ne sait toujours pas si on jouera à Nantes le 9 août... ou si on accueillera Orléans le 2. À ce niveau, ce n'est plus la sirène d'alarme qu'il faut tirer, mais envoyer le GIGN, la CIA et le FBI pour remuer les côtes de nos dirigeants. Je n'ai pas la science infuse ni vue sur le dossier. Force est de constater, tout de même, excusez du peu, que tous avons réagi face aux raisons évoquées par Gervais Martel lors des deux conférences de presse qui ont suivi les refus de la DNCG d'accéder à la requête du club Lensois de valider son accession à la Ligue 1 par la recevabilité de son dossier financier. Certains y sont allés de leur incrédulité face aux propos du président du Racing, d'autres ont demandé sa démission, certains ont demandé du temps pour mieux réagir en temps voulu avec de réels éléments et informations, et enfin un bon nombre a exprimé son ras-le-bol en souhaitant, parfois par dépit et de temps en temps sur le coup de la colère, que le club soit rayé de la carte du monde professionnel afin de reconstruire quelque chose de nouveau, bâti sur des bases saines avec de nouvelles têtes.


Je me demande si cette dernière catégorie de personnes a réellement réfléchi. Imaginez, Gervais dit "OK, on arrête tout". La DNCG met fin au Racing Club de Lens et on repart de nulle part. 
Tout d'abord d'un point de vue économique. Pensez aux salariés du club qui se verront licenciés du jour au lendemain, du guichetier, au webmaster, en passant par les employés de la sécurité (mis à disposition par une société extérieure au Racing, mais qui perdra un gros marché), aux personnes qui travaillent dans l'administration, ces gens que l'on ne connait pas, que l'on ne voit jamais, mais qui, grâce à leur travail, permettent au club d'exister. Quid de Bollaert ? Il ne faut pas rêver, le financement des travaux sera gelé et Bollaert restera dans cet état, démoli de toutes parts, méconnaissable, non fonctionnel, bref perdu. Ces personnes mettent en avant leur passion pour le club. Oui, je peux les comprendre. Mais, donc le point final à tout ça c'est qu'on lâche l'affaire ? On abandonne ? On va faire comme les Australiens qui, au lieu de faire des gros efforts dans leur émission de gaz à effet de serre, ont déclaré il y a peu que le réchauffement climatique c'était des conneries et qu'ils allaient abandonner le pacte de responsabilité écologie et re-polluer comme des tarés (bon ça c'est moi qui le dis, mais en gros c'est ça l'idée). Mais au final, quand on parle de sauver la planète, à la vue des efforts SURHUMAINS demandés aux grandes nations, aux dizaines de réunions nécéssaire pour trouver un compromis, là on ne parle pas d'un club d'une ville de 40 000 âmes, on parle de la Terre, notre seul et unique vaisseau spatial, est ce réellement la planète que l'on veut sauver, ou seulement nous ? 


Ensuite, souhaiter faire table rase au sein du Racing, c'est repartir dans les profondeurs du football national et quasiment demander la mort du club, plonger la ville de Lens dans un profond coma comme ce fut le cas lorsque les mines ont fermé. Combien de clubs sont revenus après avoir tout perdu ? Sur la période contemporaine, ils sont deux à être descendus jusqu'en Division d'Honneur et à être revenus avec des nouvelles têtes, de nouvelles idées : Reims et Valenciennes. Je n'évoque pas Strasbourg qui s'est maintenu en National uniquement sur décision de la DNCG, mais qui serait reparti en CFA sans cela. Il a fallu 20 ans pour que Reims se remette de son redémarrage en Division d'Honneur, 13 ans pour Valenciennes pour passer de la CFA à la Ligue 1. Combien pleuraient à l'idée de redescendre en Ligue 2 en 2011? Au final, la Ligue 2, c'est bien comparé à tout ça. Pour reprendre mon exemple avec la Terre de tout à l'heure, il est donc préférable de soigner ce qui peut l'être aujourd'hui au lieu de nous sauver et de repartir à zéro. Des deux côtés, il faudra du temps. J'aime mon club, mais je n'ai pas le temps d'attendre après lui qu'il revienne à un niveau respectable, car entre nous descendre et descendre serait vraiment la honte et en terme de honte je crois que nous sommes servis depuis quelques semaines.

Moi, j'ai choisi. Je préfère soigner le Racing avec la Ligue 1 pas très loin des yeux que de faire la tournée des terrains de football boueux, aux buvettes squattées par les alcooliques notoires de la bourgade, des clubs de football de la région. Car là je mentirai quand je dirai "On est bien entre nous même si nos adversaires aujourd'hui s'appellent Avion, Arras ou Hazebrouck". Oui je me mentirai car, je ne tiens pas à ce que l'on ajoute au palmarès ces prochaines années : Racing Club de Lens, Vainqueur de la Coupe d'Artois 2016-2017. 
Si on monte en Ligue 1, tant mieux pour le club et ceux qui suivront Lens de près, quant à moi je me dis que toute cette histoire aura plombé considérablement le Racing. Le fait de jouer nos 38 rencontres à l'extérieur constituait un frein des plus importants, mais là se frotter face aux écuries de l'élite sans avoir pu préparer au mieux ce retour est du suicide. Visiblement, il est préférable de mourir dans un bain de paillettes que de rester en vie, dans l'ombre, une année ou deux de plus pour mieux revenir. 

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