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Vaincre le derby...et mourir !

 
Vaincre le derby...et mourir !

À quelques jours du derby, Philippe nous parle de son, de notre Racing Club de Lens. Il faut tout donner avant une chute qui semble inéluctable.

29 avril 2006, stade Félix Bollaert

Sous un soleil radieux, un samedi printanier comme le Pas-de-Calais sait distiller au compte-gouttes, Pierre-Alain Frau fait lever 40 000 supporters. Pour la quatrième fois de l'après-midi, Tony Sylva va chercher le ballon au fond de ses filets. Le public est debout, ça chambre de partout. Pierre-Alain Frau nous fait tous vibrer, l'ennemi lillois est terrassé, ma voisine de stade de 13 ans hurle "Boulet de ta mère!" en direction de l'arbitre assistant lorsque Yohan Demont vient titiller Kevin Mirallas... C'est de la folie, du passionnel, du n'importe quoi. C'est surtout un concentré de plaisir jaillissant d'une victoire dans le derby. Et ça n'a aucun prix. Sans mauvais jeu de mots...

 

8 décembre 2014, stade de France

Le temps passe vite. Pour le supporter du Racing Club de Lens, pas tant que ça finalement. Un échec pour se qualifier en Ligue des Champions, une descente en Ligue 2, une remontée, une nouvelle descente, une autre remontée et aucun derby remporté. Bientôt neuf ans, il est plus que temps de laver l'affront. Les temps sont durs pour le supporter lensois, le temps semble parfois si long. Vingt-huit rendez-vous de DNCG reportés, neuf virements bancaires manqués, seize millions à trouver, soixante-douze mensonges avérés... Si ces chiffres paraissent aussi inventifs que les prétextes multiples d'un président déboussolé qui jouit encore d'une belle côte dans les médias nationaux, la réalité d'un possible dépôt de bilan est belle et bien présente.

 

Le supporter lensois que je suis n'a même plus la force d'écrire sa déception, ma colère est toute contenue tant elle s'est fatiguée au fil des jours. Elle a laissée place, lassée, à une désillusion certaine. "Avec le temps va, tout s'en va". La passion n'est pas éternelle, la flamme ne brille plus autant. Cette passion qui suffisait à supporter un club, et ne suffira jamais à le diriger, s'est évaporée lentement. Les mots manquent pour exprimer la honte que je ressens lorsque je vois l'état de mon club, lorsque mon entraîneur se met en grève, lorsque mon président me bloque l'accès aux entraînements, lorsque l'intérieur d'un club se referme sans cesse sur lui-même et me laisse sur le bord du chemin, comme tant d'autres supporters. Suis-je devenu un mauvais supporter en raillant mon club sur les réseaux sociaux ou en ne ressentant plus la tristesse du gamin qui devait monter se coucher penaud à la mi-temps du match et attendre le résultat jusqu'au lendemain matin ?

 

Je ne le pense pas. Parce qu'il fut un temps ou faire huit cents kilomètres pour se prendre une taule à Clermont me rendait encore heureux. Être là, derrière mon club, et peu importait le ridicule entrevu sur le terrain. Je vibrais encore, mon club vivait, j'avais foi en quelque chose. Je dirai maintenant qu'il n'y a pas pire sentiment que l'indifférence, celle qui fait qu'aujourd'hui les onze joueurs hors niveau qui se dépouillent sur le terrain pour obtenir quelque chose de positif ne me procurent pas même le centième du frisson que j'ai pu ressentir les jours où Pierre-Alain Frau et Dagui Bakari ont marqué dans un derby. Paf, Bakari, ça fait mal... Des joueurs qui ne représentent rien du tout dans l'histoire plus que centenaire d'un club qui vieillit mal. Tellement mal qu'il va peut-être repartir tout en bas.

 

Avant cela, j'aimerai reconnaitre l'ivresse des folles après-midi de football, celles où la rencontre débute plusieurs jours auparavant et se termine fort tard dans la nuit après avoir emprunté les montagnes russes de l'émotion.

Parce qu'un derby a cette saveur particulière qui ne se ressent qu'une fois l'année. Que ce jour-là, tout est oublié. Je serai même prêt à mettre pour la première fois de ma vie les pieds dans ce foutu Stade de France, qui n'a d'autre adversaire en terme de chaleur que le Grand Stade. Retrouver l'occasion de s’époumoner quatre-vingt-dix minutes durant, hissé sur mon siège et reprenant les chants au rythme incessant du capo, jusqu'à ressentir ce foutu mal de crâne qu'une autre ivresse apporte lorsque l'hydratation se fait rare. Partager la chaleur de mes compagnons de stade, qui me manquent tant et sans qui je n'aurai pas suivi tous ces matchs par le passé, mêlé aux inconnus qui ne connaitront que l'envie de me serrer dans leurs bras lorsque le ballon trouvera les filets du gardien lillois. Plus rien d'autre n'importera, ni le président, ni l'Azerbaïdjan, ni le classement. Le simple fait de vibrer lors d'une victoire dans ce derby, même si elle ne servira à rien ensuite. Gagner, mais surtout vaincre la résignation, la morosité, le pathétisme d'une situation qui n'a que trop longtemps duré et qui éteint à petit feu une passion que je pensais éternelle. Vaincre le derby, et redonner du sens à cet amour inconditionnel pour le Racing Club de Lens, quitte à mourir ensuite.

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