TeamFoot offre une tribune d'expression aux passionnés

Mon Lens - Niort

 
Mon Lens - Niort

Richard, supporter anglais, nous livre son troisième article pour sa troisième venue au stade Bollaert cette saison. Cette fois-ci, il ne vient pas seul, puisqu'il a réussi à se faire accompagner d'un groupe d'amis anglais, eux aussi, supporters de Lens. Récit.

Nous tenons à remercier châleureusement Richard qui nous a livré son récit.
Le texte nous a été transmis en version anglaise. La traduction a été réalisée par nos soins.

 

Lens – Niort, avril 2014

Dès que j'ai commencé à regarder des matchs de Lens, j'ai rencontré sur internet un certain Alex vivant à Londres. En 2008, il créa une page Facebook intitulée RC Lens – UK division qui n’avait qu’un seul membre : lui-même. Il supporte Lens depuis tout petit grâce à sa mère Ch'ti qui l'avait élevé non seulement en le faisant supporter lensois, mais aussi en lui apprenant le Français. Je rejoignis son groupe, qu'il avait oublié avoir créé, avant d’être bientôt rejoint par Adrian de Lancashire. Ce dernier avait commencé à supporter Lens après que son équipe de Blackburn signait l’Australien Robbie Slater de Lens. De ces humbles débuts, le groupe a augmenté progressivement jusqu'à l’obtention de 66 membres en avril 2014 – provenant non seulement d’Angleterre, mais aussi de toute l'Europe.

Mon ambition était de faire faire le déplacement à Bollaert pour le maximum de membres de ce groupe, mais cela s'est avéré plus difficile à dire qu'à faire ! J’ai pu rencontrer Alex à de multiples reprises, mais je n’ai jamais eu l’occasion de voir Adrian. À chacune de ses venues à Bollaert, je restais bloqué à cause du travail. La seule fois où nous avons réussi à nous organiser un déplacement ensemble, le match à Boulogne a été annulé la veille à cause de la météo. Il faut avouer qu’une température de -20°C avait pas mal entamé notre enthousiasme.

Néanmoins, nous discutions souvent ensemble via Facebook et avions juré un jour de venir ensemble à Lens. Ce jour arriva cinq ans plus tard. Le match contre Niort semblait être un match comme autre au début de saison, mais finalement il  s’agit d’une petite finale à enjeux pour nous. Si Lens venait à perdre, Niort reviendrait alors à égalité de points avec nous, en deuxième position. Le fait que mon premier match de Ligue 2, six ans plus tôt, avait été contre Niort rend ce match un peu particulier pour moi. À l’époque, seulement quatre supporters remplissaient les tribunes à Tours. Cette fois-ci, plus de 150 visiteurs étaient attendus – une belle performance en Ligue 2 – dans un stade lensois avec plus de 35.000 supporters.

 

Peu importe combien de fois j’avais fait ce voyage (sous toutes ses différentes formes : bus, voiture, train, ferry) - je n'avais jamais réussi à obtenir une bonne nuit de sommeil durant le trajet. À chaque fois, l'excitation du voyage, combiné à des soucis de taxis disparus, de trains, de ferries et de billets oubliés me préoccupait. Cette fois, je devais me lever à 4h30, afin d’être prêt pour le train de 6h10 de Newcastle à Leeds. Je devais être rejoint par mon ami Andrew – « Silly Andrew » pour être plus exact - qui m'avait rejoint pour un déplacement à Lens la saison précédente, avant que le match ne soit déplacé par la Ligue. Cela nous a obligé à regarder Lille contre Troyes à la place. Tu parles d’une compensation ! Cette fois, il a la chance de voir pourquoi je suis tellement en amour avec Lens, la région et ses fans.

La seule personne que j'ai rencontrée à la gare centrale de Newcastle quand je suis arrivé était un homme appelé « Tony le réfrigérateur » qui allait courir le marathon de Londres le dimanche avec son réfrigérateur sur son dos. Andrew lui n'est apparu cinq minutes avant que le train ne parte – il aime les entrées spectaculaires – et a insisté pour aller acheter une pâtisserie, même si le train était sur le point de partir... J’essayais de garder mon calme de peur de louper le train alors que lui ne savait pas quelle pâtisserie choisir.

Finalement, le train que nous avions réservé était sur le quai proche de nous. Nous arrivâmes ensuite à Leeds sous un grand soleil.

 

Quand je voyageais en France avec ma famille, nous passions notre temps à compter le nombre de camions rouge Norbert Dentressangle que nous voyions sur la route. Je m’applique à chaque fois à initier tout le monde à ce jeu pour faire passer les trajets plus rapidement. Andrew, à l'arrière de la voiture, avait d'abord détesté parce qu'il était en train de perdre. Nous lui avons même donné des points de sympathie pour le rendre heureux, mais une fois qu'il avait repéré trois camions ND (qui donnent un bonus de cinq points), il clamait haut et fort son amour pour ce jeu.

Alex – que nous avions récupéré à Londres dans un parking de Swanley’s Asda – et Andrew ont décidé que ce serait une bonne idée d’arriver avec des œufs de Pâques pour les supporters qui nous ont obtenu les billets en Marek. Malheureusement, ils n’ont pas pensé que la chaleur dans la voiture allait endommager les œufs, mais c’est la pensée qui compte !

 

Enfin ! Les trois premiers membres du groupe Facebook Lens UK étaient réunis (avec une quatrième personne pour remplir la voiture). Le voyage que nous avions imaginé 5 années plus tôt avait lieu ! Nous arrivons à Boulogne-sur-Mer, sous la chaleur du printemps. Nous avons trouvé un très bon endroit pour nous asseoir et profiter du soleil. N'ayant jamais visité la ville, ce fut une agréable surprise de voir comme la ville était belle, surtout en terrasse avec une bière.

Découvrant qu’il fallait attendre jusqu’à 7h avant de pouvoir commander à manger, nous avons quitté le bar en direction du stade. Pourquoi, comme en Angleterre, ne proposent-ils pas un service en continu ? C’est peut-être plus pratique pour eux, mais tellement gênant pour nous. Nos estomacs vides anglais se sont plains tout le chemin jusqu'à la colline. Arrivé au stade, nous avons découvert que les portes seront ouvertes 30 minutes avant le début du match, très contraignant pour nos estomacs et nos vessies pleines ! Un voyage dans un autre bar nous permit d’utiliser les toilettes… et de boire un verre supplémentaire.

Jeff, supporter Lensois anglais habitant ici, arriva bientôt avec un sac plein de magazines de tous les matchs de Lens de la saison précédente que j’avais manqués. J'avais, en échange, un sac plein de magazines de matchs anglais que j'avais recueillis pour lui. Nous devions avoir l'air d’espions internationaux bon marché avec nos sacs en plastique.

 

Une fois à l'intérieur du Stade de la Libération, nous n'avons pas perdu de temps et avons commandé des grosses portions de frites avec fricadelles (je ne demande toujours pas ce qu'il y a dedans). Le stade lui-même est situé dans un bel emplacement sur le bord de la vieille ville et la cathédrale fournit la toile de fond parfaite pour les tribunes délabrées qui avaient été rapidement mises en place lorsque l'équipe avait été promue en Ligue 1. Le match, lui, ne fut pas aussi beau que le décor. Nous avons décidé en deuxième mi-temps de former notre propre Kop au fond de la tribune peu peuplée, pour divertir les supporters locaux avec notre interprétation de YMCA et notre propre hommage au buteur Dia. Notre soutien vocal a évidemment eu un si grand effet sur l’équipe que Jonathon Tehoue a marqué le but du KO à la 87e minute. Au coup de sifflet final, nous charrions les deux supporters d’Ajaccio, abattus de ne pas être récompensés après un voyage de 1.384Km – 18h (en comparaison, notre voyage de 11h paraît court). Ils nous ont totalement ignorés malgré notre interprétation harmonieuse de Les Corons, tout comme les 1.000 supporters locaux qui avaient déjà déserté le stade.

Le lendemain, le brouillard entourait le Formule 1 de Liévin où nous logions. Adrian plaisantait en disant que peut-être le match serait annulé juste pour nous ennuyer. Cela remonta certains mauvais souvenirs dans ma mémoire. Après un voyage rapide au Carrefour, nous sommes ressortis avec des sacs décorés de citrons verts. Le mien irait très bien dans ma collection de sacs (des petits pois sur l’un et une orange et un kiwi sur l’autre). Ma femme grimace chaque fois que je reviens de France, elle ne veut plus de sacs ! Avant d’arriver à Lens, Andrew a souhaité visiter le monument canadien de Vimy, ce qui nous mit en retard sur notre agenda.

 

Une fois de plus, nous avons été très bien accueillis à La Loco. Nous avons été surpris de voir combien il y avait d’Anglais là-bas. Nous avons rencontré un supporter Lensois Anglais (Kevin), un traducteur de Bruxelles qui supporte Watford (une autre équipe en jaune). Il était là avec 4 gars venus de Lille pour le match. Étonnamment, Kevin avait la capacité innée de parler aussi rapidement en français qu’en anglais et ses conversations ne se terminaient jamais. Je me suis demandé comment il pouvait parler autant sans respirer. Cependant, à la fin j'ai pu intervenir brièvement dans sa conversation afin de lui préciser où nous pourrions nous rencontrer pour que je puisse lui remettre son billet pour le match.

Quand nous nous retrouvons, Kevin était ravi. Il m’annonça que le billet serait accroché au mur, le comparant à de l’art. En tant que collectionneur de billets, je ne peux pas le contredire. Seul Alex manqué à l’appel. Il était resté discuté au bar. Il a l’habitude de louper les débuts de match, nous sommes donc partis en le laissant là-bas.

 

Sans aucun doute, ce fut l’atmosphère la plus électrique que j’ai pu connaître en Marek. Nous avons réussi à nous caser dans un petit espace. Andrew ne cessait d’être surpris par tout ça. « J’aime la tribune » me cria-t-il à travers le vacarme.

Il était clairement impressionné par les supporters s’autorisant à slammer de haut en bas, chose que nous voyons beaucoup durant les concerts de rock. Cela n'aurait pas été autorisé en Angleterre, mais personne n'était blessé et tout le monde était respectueux les uns envers les autres. Nous nous sommes sentis en sécurité et c'était le plus important. Peu après, un fumigène fut allumé. L’ordre fut rétabli rapidement et le fumigène retiré par les stadiers.  Il y a une bonne coopération entre les supporters et les stadiers ici, chose que nous n’avons plus en Angleterre, supprimant le plaisir d’aller au stade.

Très rapidement, nous avons été recouverts d’une énorme voile pour le tifo des 10 ans du groupe Galliboys. En passant au-dessus de nos têtes, la toile a déversé sur nos têtes une pluie de peinture. L’effet de ce tifo devait être incroyablement impressionnant, car la voile couvrait toute la profondeur de la Marek et une partie des sièges de la Xerces. Voici un nouvel exemple d’entre-aide entre supporters pour aider au bon déroulement de ce tifo. Aucun supporter n’a manifesté une quelconque colère. Aucun commentaire désagréable autour de nous. Puis la voile a disparu faisant apparaître un joli soleil.

Les chants au coup d’envoi ont continué durant toute la première mi-temps. L’équipe luttait sur le terrain. Le ballon était rendu trop rapidement et les joueurs commettaient beaucoup trop d’erreurs sur le terrain. Niort avait réussi à se créer de nombreuses occasions, mais le score était toujours vierge en fin de première période. Nul doute que Kombouaré allait devoir trouver les mots justes pour remonter son équipe. Niort, équipe inexpérimentée, ne pouvait contenir plus longtemps les Lensois dans leurs retranchements.

La seconde mi-temps était nettement plus à notre avantage. Les Lensois réussissaient à maintenir les joueurs Niortais. La joie fut intense quand Chavarria trouva la tête de Lalaïna Nomenjanahary. Nous retenions notre souffle jusqu’au moment où sa tête piquée fit trembler les filets à la 58ème minute de jeu. Très grosse célébration dans les tribunes, aussi bien entre les supporters « locaux » que nous autres Anglais. J’avais attendu ce moment depuis le mois de novembre et les autres depuis un plus longtemps encore pour voir Lens prendre l’avantage à la maison. Nous ne nous fîmes pas prier pour savourer avec les autres supporters. Si l’équipe parvient à conserver cet avantage, alors nous serions à 6 points de Niort et creuserions l’équipe sur les trois autres poursuivants.

 

La Marek continuait à pousser son équipe. La victoire semblait se profiler, sans compter que le défenseur Niortais, Bong, reçu un deuxième carton jaune et laissa ses coéquipiers à 10 sur le terrain. Cependant, l’équipe adverse joua crânement sa chance et provoqua quelques tensions dans le Kop. L’approche des 5 dernières a augmenté encore plus la tension, au point de s’en ronger les ongles. Les 150 supporters Niortais se révoltaient à l’autre bout du stade. Dans le temps réglementaire, Niort perdit le ballon et s’exposa aux contre-attaques. Touzghar récupère le ballon sur le côté droit et ignora la crampe qui l’affectait. Il se rendit devant le gardien, le crocheta et se dirigea vers le but. Il mit le ballon hors de portée et scella la victoire, permettant aux supporters frénétiques de commencer les célébrations.

 

En fin de match, le traditionnel clapping eut lieu puis nous effectuons nos dernières photos dans la tribune qui se vidait petit à petit. Cela eut le don d’agacer la sécurité qui essayait tant bien que mal de nous faire partir. Le drapeau que j’avais passé une soirée à réaliser avec le nom de notre nouveau groupe « Northern Lensois » (tout le monde en Grande-Bretagne est au nord de Lens) nous a donné une identité. Ce voyage qui a nécessité une planification de 6 mois nous a donné une entière satisfaction. Il s’agissait de mon dernier match à Lens cette saison, parmi les trois auxquels j’ai assisté. Troisième victoire de la saison pour ma part, la première à domicile pour mes compagnons (première venue pour Andrew, un sans-faute). Notre soirée continuera avec une visite à La Loco avant de regarder du football belge. Elle se terminera avec Andrew enseignant quelques phrases de Newcastle (Geordie) aux occupants d’un bar de Liévin jusqu’à 2h30 du matin, avant de chanter quelques chants lensois en pleine rue. Nous avons dû nous excuser auprès d’une femme qui sortit sa tête de sa fenêtre, nous demandant de nous taire. Nous nous dirigeâmes ensuite vers l’hôtel, content, mais usé.

 

Nous vous conseillons la lecture des deux autres articles de Richard :

TeamFoot est une plateforme d'expression libre destinée aux supporters. Le contenu des articles publiés sur le site ne reflète que la position de son auteur et non du site. Plus d'informations
 

Réagir